
16/01/06 Sangha/Banani, Pays Dogon, Mali
Enfin arrivés en pleine nature après 3h de 4*4 et une heure de marche pour descendre la falaise. Les paysages sont dignes de "Out of Africa", d'autant qu'on est arrivé au coucher du soleil. nous faisons la rencontre d'Ibrahim, notre guide, d'abdoulai et de jean, nos porteurs, et de Hassan le cuisinier. Maggy restera avec nous jusqu'à Bamba, dans 5 jours. Nous avons pu retirer un peu d'argent à sévaré, mais pas autant que voulu car le réseau mastercard était en panne, et guillaume est limité avec sa carte sur le montant ... Le délai sera court pour trouver un moyen de retirer de l'argent après le trek, d'autant que notre carte sera inutilisable en dehors de Mopti, restera le système western union.
17/01/06 Koundou-da, Pays Dogon, Mali
1ère nuit difficile, nous dormons sur les toits (comme d'habitude) et l'harmattan s'est levé. Ce vent typique de la région peut souffler très fort à cette saison et a le meme effet que la tramontagne chez nous, il refroidit l'atmosphere. On a eu froid donc et je suis épuisée au réveil. Matinée heureusement tranquille au niveau marche. Nous arrivons dans un village jour de marché. Ici l'agression des enfants est incessante : "Madame, donnes-moi un bic", "Madame, donnes-moi un cadeau", "Madame donnes-moi cent francs" "donnes-moi un bonbon". L'habitude des touristes (et surtout de leur irresponsabilité) les rend irrespectueux. Je finis par m'enerver. Ici ils ne parlent pas français et ne l'apprennent pas forcément à l'école. Quand les touristes leurs donnent des stylos, des bonbons ou de l'argent, ils ne vont plus a l'ecole, gagnent plus que leurs propres parents et deviennent insolents.
Guillaume, lui, découvre avec plaisir le coin boucherie. On y découpe les morceaux pendant que la peau encore recouverte de sang sèche à côté. Une nuée de mouches envahit la zone. Pourtant, aussi incompréhensible que cela puisse paraitre, cela donne faim à Guillaume, c'est un vrai carnivore !
Le déjeuner approche et les douleurs de ventre augmentent. Déjà au petit-dej, je me suis forcée à avaler un bout de pain, mais là, c'est la torture pour avaler 3 fourchettes ! Une sieste me requinque un peu mais n'évite rien. Au réveil, le cérémonial commence. Je dois même changer de culotte ... La marche s'annonce dure. D'autant que cette fois-ci il faut monter la falaise. Les contractions musculaires augmentent les spasmes et au bout d'1h j'évite le pire avec l'aide de Guillaume. Je me vide et je m'affaiblit. Mon souffle est court et mon coeur trop rapide, je dois m'arrêter souvent. J'arrive finalement au bout et me couche directement.
Cette fois-ci j'ai bien dormi malgré 2 réveils in-extremis dans la nuit. J'espère que la diarrhée va se calmer car la marche va être soutenue. Nous commençons par redescendre et les paysages sont superbes. J'ai franchement la frite et je suis contente de commencer enfin à marcher et à profiter. Nous découvrons les villages Tellem, peuple ayant précédé les dogons dans la zone. Les dogons sont arrivés au 13ème siècle, ce qui provoqua le départ des tellems vers le burkina, la co-habitation n'étant semble-t-il pas possible. Ces derniers avaient la particularité de vivre dans des troglodites au milieu de la falaise. Un mystère persiste sur leur manière de vivre. Comment arrivaient-ils jusqu'à leur habitation apparemment inaccessible? Ils avaient des cordes? les dogons pensent qu'ils savaient voler avec la magie ... Le fait est que même leurs réserves de mil étaient à plusieurs dizaines de mètres de hauteur à pic.
A la pause déjeuner nous découvrons un jeu local, l'avalet. J'en profite pour enfin prendre une douche, jusqu'à présent il avait fait trop froid matin et soir pour que je puisse songer à me déshabiller ... L'après-midi, je repars sur les chapeaux de roues, je suis plus en forme et j'ai bien mangé, je gambade. Nous montons et arrivons au point culminant de la falaise, la vue est époustouflante, nous devinons au loin le burkina. Le soir le campement n'a ni eau ni electricité nous dinons à la lampe à pétrole un succulent poulet byciclette ...
18/01/06 Youga-Piri, Pays Dogon, Mali
Mauvaise nuit, petite forme et heureusement petite marche. Il fait de plus en plus froid, je suis frigorifiée, il a même plu cette nuit. Aujourd'hui nous arrivons dans le village d'Ibrahim, d'ailleurs toute l'équipe, y compris ceux de sévaré (en fait tous ceux de l'agence de yannick) sont d'ici : Yendouma. C'est jour de marché et jour de fête. Ici la tabaski n'est toujours pas finie, c'est le dernier jour. Nous assistons aux défilés de rue. Pour la célébration, ils ont sortis leurs costumes traditionnels et leurs vieux fusils en bois, chargés d'ornements. Les hommes tirent au fusil 3 par 3, par tranche d'age. La fête est très animée mais nous devons partir en cour de route, sinon nous marcherons de nuit. Cette fois-ci nous négocions une chambre fermée, heureusement !
20/01/06 Yendouma-Ato, Pays Dogon, Mali
Le soleil est enfin revenu mais cela ne m'a pas empêché de mal dormir ... On s'est réveillé tous les 2 énervés après s'être tiré le duvet joint toute la nuit ! On a le dos cassé. Depuis notre départ de France nous n'avons presque pas dormi dans un vrai lit avec matelas. Bref démarrage difficile. Nous croisons des plantations d'oignons, très courante dans le pays dogon. Journée tranquille mais je sature sur la bouffe qui est la même tous les jours : midi sardines et macédoine de légumes en boite, soir poulet bicyclette avec riz, pates, ou pommes de terre.
21/01/06 Kami-Lou, Pays Dogon, Mali
Départ de Maggy prévu aujourd'hui, nous sommes assez tristounes. Nous sommes concentrés sur la marche et assez pensifs. Cela nous permet de mieux gérer les enfants, nous restons plus fermes. Journée tranquille.
22/01/06 Kami-lou,¨Pays Dogon, Mali
Ahhh ! j'ai enfin bien dormi. Je me suis réveillée et de bonne humeur. Décidément rien ne vaut une bonne nuit de sommeil. Comme en plus la marche est tranquille et plate, je profite du paysage. Là je me sens vraiment en Afrique. Décors de savane avec ses herbes folles d'une couleur blond-doré, quelques arbres par-ci par là, des bergers avec leurs chiens, des moutons et des chèvres. Je dois avouer que les moutons me tapent sur le système, leur bêlement incessant est franchement ridicule. Cet animal est profondément débile. Ma préférence va vers les chèvres J Mes pensées sont légères, mon corps commence à être rodé à la marche sans efforts. Nous arrivons dans des zones touristiques. Désormais, plus de campements. Nous déjeunons sous une grande arche naturelle, au frais. C'est à Guillaume d'être en petite forme et de mauvais poil. A notre arrivée à Bamba en fin de journée, nous déposons les sacs et partons directement pour le centre de santé le plus proche, nous n'avions pas pris assez d'anti-diarrhéiques avec nous en trek. Evidemment la notion de distance ici n'est pas la même et nous arrivons au bout d'1/2h de marche cadencée, la nuit va tomber. En fait Bamba, plus grand village du pays dogon, comporte 33 quartiers ou cantons. Ils peuvent être éloignés les uns les autres de plusieurs kilomètres. Nous avons eu l'occasion de nous en rendre compte ... Le retour est épique, il fait nuit noire, sans lune et nous n'avons pas eu le temps de prendre nos lampes. 2 km à tatons, mais je me surprends à distinguer sans grande difficulté le chemin, la faim m'appelle et je meurs de soif, pas question de trainer. Au retour je dévore et nous nous écroulons bien vite.
23/01/06 Bamba, Pays Dogon, Mali
Retour du beau temps, de la chaleur et donc des moustiques … J’espérais pouvoir faire des petites courses ici car c’est le village le plus développé, mais on n’a plus le temps. Pénurie de mouchoirs et PQ en vue L Je découperais donc les quelques mouchoirs en 2 pour aller aux toilettes … Je ne me vois pas faire comme les musulmans, m’essuyer avec la main gauche puis rincer à l’eau !!! Notre marche s’accélère, les pauses déjeuner sont de plus en plus longues. Dans le village où nous nous arrêtons pour manger et dormir, nous nous sentons comme un animal dans un zoo. Les enfants sont plantés devant la case à nous regarder pendant 2h, boire manger lire écrire.
L’après-midi, nous croisons une source, entourée de manguiers, bananiers, papayers. Des nuées d’oiseaux s’amusent avec le vent qui se lève. L’endroit fait rêver, surtout les manguiers qui comptent un millier de fruits par arbre ! Malheureusement pas encore murs … J’aimerai me poser ici, profiter des effluves de la végétation, du parfum délicat des fleurs et du chant des oiseaux. Mais la nuit va tomber, il faut monter la dernière cote pour arriver au village. Je sature, je ne vois pas le bout. Enfin nous arrivons dans un ravissant village, très vert également avec des fleurs et des arbres fruitiers. Nous dormirons dans une salle de classe, à l’école communale. A la tombée du jour une trentaine d’enfants viennent arroser les fleur. Du moment où ils nous aperçoivent, leur attitude change. Nous sommes un peu effrayés, va-t-on les controler ? Ils nous entourent complètement. Une petite fille prend mon livre et écrit un nom dessus. Soudain l’un d’entre eux lache un pet bruyant, provoquant l’hilarité générale. Le timidité étant passé, ils se mettent à parler de plus en plus fort, les ainés deviennent insolents pour se faire remarquer de leurs camarades. Il nous faudra plusieurs stratagèmes pour les faire partir à la nuit tombée. Nous devrons partir tôt demain avant leur arrivée à l’école !
24/01/06 Kassa, Pays Dogon, Mali
Nous n’arrivons pas à partir avant que la cloche ait sonné mais les enfants ne sont pas réveillés. Ils nous regardent interloqués sans même nous dire bonjour. C’est à notre tour de nous amuser, mais nous partons assez vite quand même. Ce matin je gambade comme un cabri et repense à nos discussions animées avec Maggie, Ibrahim t Guillaume sur l’Afrique. Les puits et panneaux solaires en panne et qui ne seront jamais réparés car les ONG les ayant installé ne sont plus là pour faire un suivi ; la corruption des politiciens, la polygamie, l’illettrisme et la condition des femmes. Ce dernier thème est celui qui me rend le plus en colère, celle qui me choque. Ici on ne meurt pas du sida, sans doute grace à l’islam, et la population semble majoritairement manger à sa faim. L’image difficile de l’Afrique étant centrée principalement sur ces 2 thèmes, reste donc pour moi la condition ou plutot la soumission de la femme. Elle a tellement de responsabilités et de taches qu’un homme doit de toutes façons en prendre plusieurs pour ne plus faire travailler sa propre mère. Nous voyons les femmes faire les plus durs labeurs sans broncher : transport l’eau sur leurs têtes, piler le mil, s’occuper des enfants quand elles peuvent … C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les enfants sont aussi incontrolables, le femmes n’ont pas le temps de s’en occuper, et les hommes ne s’adressent aux enfants que quand il s’agit de les corriger, en général physiquement. Les femmes sont capables de marcher plusieurs kilomètres pour vendre les légumes qu’elles ont cultivé. Leur corps est usé très tôt, et elles sont beaucoup moins scolarisées que les hommes. Elles ne parlent pas français et il nous sera impossible de discuter avec l’une d’entre elles. Bref comparées à elles les hommes semblent bien fainéants …
La pause déjeuner a lieu à l’ombre d’un figuier sur des blocs de pierre, nous nous reposons tranquillement. Un vieux monsieur borgne vient nous faire la conversation, enfin plutot à Guillaume. Il est allé chercher un jeune garçon qui se tenait à quelques mètres à nous observer avec ses camarades pour faire la traduction. Amadou est cultivateur et veut être notre ami. Nous apprenons qu’il nous a prêté sa marmite pour notre déjeuner, et il tient à nous accompagner sur un bout de chemin. Nous commençons à marcher dans le sable, je suis à la traine. Je n’aime décidément pas marcher dans le sable. Nous arrivons tot dans le village, cette fois-ci nous dormons chez l’habitant, dans la cour. Le soir, nous observons les etoiles tandis que nos accompagnateurs exercent leurs talents de conteurs autour du feu …
25/01/06 Prege-say, Pays Dogon, Mali
La trop grande proximité de nous a pas réussi, nous nous levons fatigués. Mon matelas est crevé, je suis cassée de partout. Notre dernière journée s’annonce difficile. J’en ai un peu marre, nous rencontrons sur la route d’autres touristes qui m’ont tapé sur le système … Avec Guillaume on s’engueule, ça fait aussi partie du voyage. Sur la fin de journée, nous manquons d’eau car on n’a pas pu en filtrer, je me déshydrate, nous ne croisons aucune mare, aucun cours d’eau … Finalement nous arrivons à un puit, mais notre présence gêne, nous ne sommes pas les bienvenus. Nous filtrons quand même un peu d’eau et nous esquivons. A l’arrivée au campement, pour notre dernière nuit, nous apprenons que demain c’est jour de marché, nous en profiterons pour prendre un véhicule, je n’ai pas envie de faire les 15 kms restant dans le sable en plein cagnard.
26/01/06 Dyanveli, Pays Dogon, Mali
Après 2h d’attente avec vue sur le marché ou personne n’est venu s’installer, nous décidons de trouver une alternative pour arriver à Douentza : une charrette avec 2 anes et un zébu. Nous sommes chargés et les animaux fatiguent vite, il nous faudra plus de 3h de patience et descendre régulièrement pour les décharger. L’expérience n’en reste pas moins amusante et agréable. Un peu stressés par nos soucis d’argent, nous n’avons même pas de quoi payer un hotel ce soir et aucune idée de notre prochaine étape, Gao, Tombouctou ? Nous déciderons en récupérant le guide dans mon sac qui nous attend à douentza. Nous éliminons Gao, qui nous demanderait de rester encore 10 jours, optons pour tombouctou, jusqu’à ce que j’appelle un ami, lim, que je dois rejoindre là-bas, et qui me dit qu’il ne sera pas là les 2 jours à venir. Nous partirons donc à nouveau pour Mopti, ou nous pourrons passer à la banque et trouver une pinasse publique pour nous rendre à Tombouctou par le fleuve Niger …
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