
Nous avons embarqué samedi 28 janvier après avoir fait un petit ravitaillement de douceurs (crème mont blanc, galettes bretonnes). La négociation avec les pinassiers a été ardue mais on a obtenu un prix "toubabou" raisonnable. Mais quand on sait que le prix africain est de 7500 FCFA et que nous avons payé 17500, c'est un peu rageant. "Toubabou" est le mot bambara qui signifie blanc, venant de "toubib" en arabe. En effet, l'image la plus forte qu'ils ont des blancs étaient liée aux médecins, à l'aide en terme de santé, de médicaments ... Bref nous nous sommes habitués à ce surnom. Depuis le 1er jour, adultes comme enfants nous ont crié "toubabou !" en nous voyant, surtout les enfants qui en font presque une chanson tellement ils le répètent. Quand cela nous agace trop, nous nous arrrêtons et répétons "toubabou" une vingtaine de fois avant qu'ils ne se calment. Heureusement, ça fait sourire tout le monde et ça nous permet de respirer. Sinon il y a le prix "toubabou", qui nous fait souvent enrager, d'autant que le Mali est cher en général. Il est presque umpossible d'obtenir un tarif normal à part dans le baché (transport local). Nous demandons autant que faire se peut le prix de chaque chose à différentes personnes neutres (ni vendeurs, ni acheteurs), pour nous faire une idée. Malgré tout, pour la pinasse, impossible d'atteindre le prix "farafi" (africain en bambara). Ils préfèrent arrêter la négociation et ne pas vendre plutot que de baisser. Cette fois-ci, nous nous rendons compte que ce tarif nous donne quand même droit à certains privilèges non négligeables. Déjà, nous avons un emplcement réservé par une natte (que nous avons acheté cela dit 2000 FCFA) et un bidon de 20L rempli d'eau du robinet (acheté 3000). Les autres sont "rangés" par catégorie. En gros, en dehors de nous qui sommes catégorie à part, il y a un emplacement pour les femmes et enfants, un pour l'équipage, un pour les vieux (hommes uniquement) et un dernier pour les hommes. Nous partageons notre emplacement avec les hommes. Leur nombre fluctue en fonction des arrêts alors que l'espace alloué ne change pas, autant dire qu'ils sont entassés. Nous supposons qu'il y a des couples voire des familles mais il est difficile de le vérifier car ils ne se mélangent jamais. Les repas sont servis par catégorie, une gamelle de riz pour chaque. Tout le monde doit être présent pour commencer à manger. Ils mangent avec la main droite le riz dans la grande bassine en plastique et font des boules en le malaxant. C'est de toute évidence plus rapide que de manger comme nous à la cuiller (que nous avions dans notre popote) mais je ne m' suis pas résolue car il quasiment impossible de se laver correctement les mains. Eux se les rincent dans le fleuve dans lequel on balance crachat, restes de bouffe, excréments, lessive, résidus d'essence et j'en passe. Pourtant je dois bien reconnaitre que d'une certaine manière je consomme aussi cette eau d'une manière détournée car elle est utilisée pour cuire le riz et pour le thé malien.
Le thé malien est un vrai rituel, un moment de partage. De tradition touareg au départ, sa consommation est répandue dans presque tout le pays. On prépare le thé à tout heure toute la journée. A base de thé vert de Chine, c'est un thé fort et sucré, très longtemps infusé. La préparation prend du temps. Il faut d'abord chauffer l'eau mélangée aux feuilles sur les braises, ensuite vient le moment de l'infusion . Cette derbière n'est pas passive comme chez nous où on attend sagement 5 mn. Il versent le contenu de la théière (qui est assez petite) dans un verre à la marocaine, en hauteur, puis le reversent à nouveau dans la théière, et ainsi de suite pendant un bon 1/4 d'heure en y ajoutant du sucre au fur et à mesure. Puis vient le moment de la dégustation qui est partagée entre tous. On dit ici que "le 1er est amer comme la mort, le 2ème doux comme la vie et le 3ème sucré comme l'amour". Effectivement, le 1er est inbuvable comme un "stretto" italien, cela m'a rendu malade à Djenné ... En revanche, les suivants moins infusés sont franchement bons. Donc voilà, passé les 1ers instants un peu froids en entrant dans la pinasse déjà bien pleine, on s'est fait rapidement inviter à boire le thé, ce qui a bien détendu l'atmosphère.
Peu de temps après notre installation, un autre toubabou s'approche de la pinasse. Il s'appelle Jerome. Visiblement rassuré et content de notre présence, il repart pour réserver sa place. Nos voisins sont sommés de bouger, on lui installe une natte. En vacances pour 2 semaines, Jerome est plus pressé et du coup plus speed que nous. On lui a promis d'arriver lundi soir, ce à quoi je ne crois pas une seule seconde. Notre guide "rough guide" nous annonce entre 3 et 5 jours, et le niveau du Niger est bien bas. D'aileurs au bout de 300m, l'embarcation s'ensable, on voit encore le port. Malgré plusieurs tenatives pour nous dégager, on dormira là. Je me marre. Du coup Jerome préfère repartir le lendemain matin. Nous avons passé une bonne soirée à s'immerger dans la réalité française mais nous étions un peu en marge des autres passagers alors que nous sommes là pour les rencontrer, partager un moment presque d'égal à égal. N'empêche qu'il faut être patient : entre dimanche et lundi, nous nous ensablons constamment et nous passons plus de temps hors de la pinasse, surtout lundi. Lors de l'ensablement de la 1ère nuit, les pinnassiers étaient aller chercher une pirogue plus petite pour décharger la pinasse. La marchandise est constituée principalement de sacs de ciment, sur lesquels nous dormons, de sacs de mils, quelques cartons de savons ... Sur le toit, des matelas (nous aurions bien aimé en récuperer un) une moto, des étagères ... Donc quand nous sommes bloqués, lmes pinassiers viennent récupérer quelques sacs de 50kg de ciment dans chaque compartiment, ce qui nous vaut de ranger in-extremis nos affaires. Avec le temps la pîrogue est de plus en plus remplie et de plus en plus de passagers doivent également sortir de la pinasse. Nous n'y coupons plus. Le plaisir d'être là, que j'ai ressenti en arrivant s'estompe un peu chaque fois que l'on doit sortir, sauf quand j'ai espoir de toucher la rive pour aller faire pipi car sur la pinasse c'est un vrai cauchemar.
La notion de toilettes et d'hygiène y est assez spéciale. En réalité il n'est pas prévu de toilettes à bord. Pour faire ses besoins, comme la lessive ou la toilette, il faut se déplacer tout à fait à l'arrière du bateau, derrière le moteur. L'endroit étant visible de tous, je décide, ayant attendu le dernier moment, de me lancer avec mon pantalon sur moi et ma jupe dans ma poche. Ainsi au moment de baisser mon pantalon ma jupe cachera mes fesses toutes blanches. J'essaye de viser tant bien que mal le trou dans la coque sans me mouiller les pieds. Seulement voilà, je n'avais pas anticipé que toute la zone était recouverte de cambouis. Je reviens donc toute noire et franchement énervée. Je bois le moins possible d'eau pour ne pas avoir envie, et comme par magier je n'ai pas de gros besoins, le riz matin midi et soir y est peut-être pour quelque chose. Nous devions pourtant avoir de la bouillie de mil le matin mais tout ce qu'on a c'est du riz au début avec sauce et ensuite tout blanc, c'est la dèche. Etonnament on n'a pas si vite saturé mais il nous était difficile de sortir nos provisions car comme on vivait en communuauté c'était mal venu de ne pas partager et on était trop nombreux. Nous n'avons donc jamais ouvert la boite de Mont-Blanc :(
Pour les pauses pipi on se débrouille de meiux en mieux, j'essaye de poser le pied à terre autant que possible. Aujourd'hui, trop contente de pouvoilr descendre, je n'ai eu aucun problèmes à poser allègrement mes pieds dans de la boue vaseuse jusqu'aux chevilles. J'essaye de trouver au loin, un arbuste qui puisse me cacher. Le relachement est tel que je finis par perdre l'équilibre et je finis le cul dans les ronces ! Bonne crise de rire au début mais il nous faudra à Guillaume et moi 5 bonnes minutes pour enlever les épines, je suis toute écorchée.
Etonnament, malgré l'incertitude quant à une date d'arrivée (nous sommes finalement arrivés jeudi midi après presque 5 jours), nous n'avons jamais perdu patience ni trouvé le temps long. Nous en avons profité pour bouquiner, jouer au sudoku, découvrir la musique malienne grace à leur radio, écouter la notre, observer. Observer les techniques des pêcheurs, observer nos "co-équipiers" dans leur quotidien, dans leurs relations entre eux, observer les paysages se transformer peu à peu ...
A partir de mardi, le vent s'est levé amenant une vague de froid et surtout des vagues sur le fleuve. La pinasse étant presque au niveau de l'eau, il a fallu fermer les baches pour ne pas trop arroser l'intérieur. Désormais, nous sommes enfermés sans voir le jour et frigorifiés. Même l'hygiène minimum et le brossage de dents devient plus compliqué. Nous nous servons de la popote comme évier et jetons son contenu par une fente. Quan notre odeur corporelle devient trop intolérable, nous faisons une petite toilette de chat avec le gant et la popote comme récipient. Autant dire que l'on est craspouille. Pas moyen de laver nos fringues. Evidemment, le moment est opportun pour que mes règles se déclenchent, il ne manque plus que ça. Mes lingettes intimes ne sont pas de trop même si j'économise au maximum.
Le fait d'être cloitré sans profiter du paysage nous pousse dehors. Dès que la température le permet, nous montons sur le toit, ce qui nous vaut de bons coups de soleil. Nous tentons une communication avec nos plus jeunes partenaires. Ali est venu nous voir dès notre départ; il doit avoir 14/15 ans. Il n'est jamais allé à l'école mais parle à peu près français, il nous sert souvent d'interprète car les autres parlent ou bambara ou songhai. Régulièrement nous sommes confrontés à des incompréhensions. Un jour nous lui offrons des bananes. Ne comprenant pas notre proposition il parcourt tout le bateau pour trouver des fruits et revient avec des oranges qu'il a demadné aux femmes ! Il nous observe et nous cherchons à partager et lui monter un peu qui nous sommmes. De même avec Mohamed, qui est encore plus jeune qu'Ali, li doit avoir entre 11 et 13 ans. C'est un touareg et ne parle qu'arabe. Il ne peut communiquer avec personnes. Nous leur montrons notre guide, la carte du Mali, d'Afrique de l'ouest, notre album photo. Je trouve la relation avec mohamed plus agréable, il est plus réservé mais authentique. Il ne peut communiquer que par les regards comme nous. Ali se montre de plus en plus intéressé. Il finit par nous demander un cadeau en pretextant de notre amitié. Nous sommes déçus et posons uen distance.
Peu avant notre arrivée, nous faisons un arrpet dans la famille du pinassier. Distant il ne nous a jamais adressé la parole. Nous apprenons qu'il va voir sa 2ème femme et que la 1ère n'est autre que la cuisinière de la pinasse ! Dans le village, ils ne sont pas habitués à voir des toubabous. Beaucoup s'excitent. Nous sommes invités chez une des passagères qui vit ici. Nous avons sympathisé avec elle par l'intermédiaire de son bébé. Sur la pinasse, elle l'a même laissé à Guillaume qui était ravi de jouer avec lui. Finalement nous arrivons au port de loriouné situé à 19km de Tombouctou. Du fait de la progression des dunes vers le sud, le fleuve ne passe plus à tombouctou depuis 1973. A notre arrivée, Ali s'escite et cherche à nous trouvber un baché. Son insistance nous fatigue mais nous cédons. La négociation sur le prix en est d'autant plus animée. Nous ne lui adresserons plus al parole par la suite. Nous sommes épuisés et vraiment sales, il nous tarde d'arriver.
La priorité est de nous laver et de faire la lessive. A force de frotter, les taches de cambouis finissent par partir, ouf ! Notre visite de la ville est brève. Nous attendons de voir lim, que j'ai rencontré à mes cours de théatre à Barcelone, mais on met 2 jours à se retrouver. Finalement le dernier jour il nous invite à déjeuner chez lui la fameuse spécialité locale : le toukassou, à base de farine de blé. C'est une sorte de pain levé avec de la viande en sauce, délicieux. Nous décidons de faire une petite ballade en dromadaire et lui demandons s'il a des contacts, étant donné qu'il est guide touristique. Malheureusement nous nous sommes retrouvé dans le pire attrape-couillon qui nous a co^^uté une fortune. POur 1/2h de dromadaire au lieu de 2h prévu initialement. J'ai rarement eu l'impression d'être autant prise pour une imbécile. ça nous apprendra à vouloir faire des attractions pour touristes.
C'en est fini du Mali, j'ai hâte d'arriver au Burkina. Malheureusement il nous faudra 3 jours d'un pénible voyage pour arriver à Ouaga. Nous avons même été bloqué à la frontière où on a dû dormir dans un hotel de passe glauquissime. |